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Jeanne Doucet a soufflé ses 105 bougies, ou presque…

Jeanne Doucet, arrivée à Dourdan en 1975, a soufflé ses 104 bougies le 18 août dernier.

De sa vie à Dourdan à son amour pour la peinture, retrouvez le portrait d’une centenaire pas comme les autres.

Jeanne DOUCET a soufflé ses 105 bougies le dimanche 18 août. 105, enfin presque… En réalité, la centaine n’est pas née en 1914 comme on pourrait naturellement le penser, mais bien en 1915. Un raisonnement que Jeanne justifie très clairement : « Pour moi, j’ai déjà 105 ans puisqu’une fois que l’on fête son anniversaire, l’année est écoulée. Dans certains pays asiatiques, ils comptent comme cela aussi, je ne sais pas pourquoi on ne le fait pas en France. Eux, ils disent que c’est parce qu’ils comptent à partir de l’année de création, en intégrant les 9 mois passés dans le ventre. Moi je dis que lorsque l’on fête ses 104 ans, nous sommes déjà dans la 105e année ». 105 ans se sont donc écoulés pour cette « jeune » centenaire qui semble ne s’être jamais battue contre le temps. « Je ne me vois pas vieille. Je ne vois pas mon âge. J’ai toujours été comme ça. Toute ma vie, j’ai fait tous mes anniversaires sans me préoccuper de mon âge. Je n’ai jamais eu mauvais moral », explique-t-elle.

Une vie de peintre amateur

Avant de poser ses valises à Dourdan, Jeanne DOUCET et son mari vivaient à Vanves au sud-ouest de la capitale, dans le département des Hauts-de-Seine en région Île-de-France. Sa vue sur le Mont Valérien et la lumière traversant l’appartement auront contenté la centenaire bien des années, jusqu’à ce que le couple se décide à migrer à la campagne. En 1975, Jeanne et son époux établissaient donc leur nouveau domicile à Dourdan. « A l’époque, mon mari aimait beaucoup jardiner et, lorsque je suis arrivée ici, je me suis dit que ce serait parfait, ça pouvait me permettre de faire de la peinture plus facilement ». C’est alors ce que s’est mise à faire la jeune Jeanne d’il y a plus de 40 ans : de la peinture à n’en plus s’arrêter. « Lorsque j’étais enfant, je faisais un peu de peinture, comme n’importe quel gamin. Mon mari disait aux gens ‘elle ne va pas se coucher, elle reste avec sa peinture la nuit’ », se rappelle-t-elle en riant. La peinture, c’était une affaire de famille puisque ses deux frères peignaient également. Henri SCHLUCK, né à Nancy en 1920, remplissait ses tableaux de paysages, villes et fleurs en tout genre. L’autre frère, Marcel, a gagné sa reconnaissance en tant qu’artiste du côté de l’Ile de beauté, où il est mort à l’âge de 100 ans. Les oeuvres d’Henri SCHLUCK ont fait l’objet d’une exposition au Salon de Nancy, en 1943. Par la suite, d’autres expositions auront fait briller ses tableaux sous le regard d’un public averti.

Baguette de bois et ombre au tableau

Des expositions, Jeanne DOUCET en a connu également, du côté du Syndicat d’initiative de Dourdan, soit l’actuel Office de tourisme répondant au nom de Dourdan Tourisme. Pour autant, la consécration en tant qu’artiste amateur a manqué de peu de s’effectuer quelques années auparavant, dans la capitale. « J’avais l’habitude d’aller à la Baguette de bois, à Paris. Mon mari ne venait jamais avec moi, j’y allais seule en métro, si j’avais besoin d’un cadre ou quelque chose comme ça, j’allais là-bas. Un jour j’y suis allée et mon mari est venu avec moi. Un monsieur un peu trapu était là, il observait le tableau que j’avais apporté pendant que j’étais en train de parler avec la dame du magasin car je cherchais justement un cadre pour cette peinture. J’avais peint un pot avec des chrysanthèmes. Le monsieur trapu a fini par me demander si c’était moi qui l’avais fait. Il m’a dit que ce n’était pas mal. Il m’a donné sa carte en m’indiquant qu’il allait bientôt se tenir une exposition au Grand palais. Il m’a dit de passer le voir à cette occasion. J’ai toujours gardé sa carte, à ce monsieur ». Pourtant, Jeanne ne sera jamais retournée voir ce fameux homme trapu au Grand palais. « Il m’avait demandé mon prénom et, en voyant que j’avais signé Jeanet sur mon tableau, il m’a dit ‘j’aime beaucoup les Jeannette !’, en riant. J’ai toujours signé Jeanet, même si je m’appelle Jeanne. Tout le monde, partout, on m’a toujours appelé Jeanet et, au départ, je peignais pour la famille, pour mon entourage, alors je signais avec mon surnom. Finalement, mon mari n’a jamais voulu que je me rende à ce rendez-vous. C’est quelque chose que j’ai toujours regretté ».

Plus tard, Jeanne DOUCET a eu tout le loisir d’exposer ses oeuvres au Syndicat d’initiative du centre-ville. Et, sa première vente aura à jamais la douce odeur poudrée du mimosa. Et pour cause. Alors qu’elle avait installé sur une chaise à l’entrée de l’Office l’un de ses tableaux représentant un mimosa sur fond noir, entouré d’un joli cadre doré acheté spécialement pour cette peinture, un groupe de passants s’est arrêté admirer la beauté de l’oeuvre. « J’ai entendu l’une des dames dire à ses amis ‘regardez ce beau tableau’. Et, alors que ses amis lui proposaient de regarder les autres, elle était ferme et voulait ce tableau-ci. Sans demander le prix et sans même regarder le reste de l’exposition, elle a insisté. Elle voulait celui-ci et pas un autre. C’est le premier tableau que j’ai vendu ». 

Outre la peinture, Jeanne DOUCET aura trouvé bien d’autres occupations toutes aussi utiles que nécessaires pour occuper son quotidien. Elle s’est longtemps investie aux côtés de l’association des handicapés de Dourdan, notamment.

« Puis, la guerre est arrivée »

La peinture n’aura pas toujours pris autant de place dans la vie de Jeanne DOUCET. Du moins, pas durant sa première jeunesse. Dès 16 ans, elle a notamment été vendeuse dans un magasin  de chaussures, jusqu’à ses 22 ans. C’est à cet âge qu’elle s’est laissée passer la bague au doigt et a ainsi pu dire oui à sa nouvelle vie. « Mon mari était géomètre et nous habitions à Longwy, en Lorraine. Puis, la guerre est venue. Il a fallu tout laisser parce que Longwy-Haut, c’est entre la France et la Belgique, mais surtout derrière la ligne Maginot. Tous les gens du pays ont dû partir. Ma soeur, qui était à Nancy, est venue me chercher et nous sommes allées dans le Berry, chez mes beaux-parents, à Buzançais. J’ai passé toute la guerre là-bas. Nous n’avons jamais manqué de rien à la campagne, car nous faisions des échanges à la ferme. Nous venions chercher certaines choses en échange d’autres choses. C’était comme ça ». Pendant ce temps, le mari de Jeanne subissait la guerre du côté des terres alsaciennes, dans un régiment d’artillerie lourde où il montait des voies ferrées. « Il voyait les Allemands, de l’autre côté. A ce moment-là, ce n’était pas vraiment la guerre, ou seulement une guerre ridicule, jusqu’à ce que ça se dégrade et que ça donne l’Histoire que nous connaissons avec tous ses morts », indique-t-elle, pleine de regrets dans la voix. Finalement, le couple ne sera jamais retourné dans son appartement à Longwy après la guerre, son mari ayant trouvé du travail à Macon.

Une santé de fer à travers les âges

Jeanne DOUCET semble avoir traversé le temps, non sans encombre… Ses membres portent les traces de toute une vie passée. Jeanne se plaît à raconter en riant l’histoire de ses nombreuses chutes, dans sa salle de bain, dans son jardin et dans les quatre coins de son lieu de vie. Elle en rit, comme si la douleur inhérente à chacune des chutes était vite oubliée et comme si les nombreuses interventions des pompiers n’étaient qu’un détail. Comme Jeanne le dit, elle n’a « jamais eu mauvais moral », la preuve en est. Si le moral reste au beau fixe, c’est parce que Jeanne a eu une vie bien remplie et que la joie vit toujours à son domicile. « Lorsque mon mari est mort, il y a 20 ans, le reste de ma famille m’a proposé de revenir à Vanves, comme avant. J’ai dit non, je suis bien ici. J’avais toutes mes aises pour peindre ».

En ce mois d’août 2019, la Jeanne DOUCET aux cheveux longs, doux et fins comme de la soie et au visage dégagé grâce à deux jolies barrettes argentées qu’elle peine à replacer d’elle-même, se réjouit d’avoir pu fêter son 104e anniversaire et sa 105e année en famille autour d’une pièce montée. Jeanne célèbre chaque année qui passe sans peine et sans tristesse. Si son corps a été affaibli par le temps, la centenaire rayonne de lucidité et tient volontiers la conversation. Une conservation qui sera, quelle qu’elle soit, forcément ponctuée des rires d’une centenaire que la joie et l’optimisme n’auront jamais quittée.

Un anniversaire honoré par la Ville

La ville a souhaité honorer ce 104e anniversaire par un bouquet ainsi qu’une médaille de la ville, attribués le 12 septembre à madame Doucet en compagnie de sa famille et de ses amis.